Qui es tu? Je suis nounou et je suis sourd.

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C’était une journée ou j’allais avoir un temps particulier avec nounou Spizou.
Oui j’essaye d’avoir un temps à part avec chacun de mes garçons et cela m’est des fois bien difficile.

C’était après une séance chez l’orthophoniste et j’avais demandé au grand Spizou et Grabouillon de prendre le car ce qui nous laissait 2h devant nous.

Nous étions dans la voiture et je lui demande ce qu’il aimerai que l’on fasse.

Il me répondit qu’il souhaitait qu’on joue à l’interview comme on l’avait déjà fait.

J’étais loin d’imaginer à quel point cet échange allait être percutant.

Première question?
Qui es tu?

A cette question, je m’attendais à un « je suis nounou, j’ai 7 ans et j’ai 3 frères ». Pour moi c’était logique, banale peut être un peu trop…

Je suis nounou et je suis sourd.

Voilà sa réponse. Il m’impose son identité. Il ma mît face à la réalité.

– Ça veut dire quoi sourd?

– Tu ne le sais pas!! (Rire) je n’entends pas sans mes appareils, je n’entends pas de la même manière que les autres. Moi je sens!

Franchement je ne sais même pas comment j’ai continué à conduire. Je ne sais même pas si le temps continuait d’avancer… Troublée, perturbée. Des mots si juste sortant de SA bouche. J’ai compris qu’il voulait me parler de ça. Mais qu’est ce qu’il voulait exactement?

– Ça te fait quoi d’être sourd?

– Je m’en fous! Et tout le monde devrait s’en foutre c’est pas grave. Moi aussi je serai grand maman et super fort!

Moi. Moi qui a eu tendance à dramatiser. Moi qui a culpabiliser de sa différence. Moi qui avait tellement peur qu’il soit blessé… Il s’en fout! Bordel mais je suis vraiment nulle!!!! Et heureuse car le challenge est réussi.

– Qu’est ce que tu aimerais?

– J’aimerai plus de silence. Il y a trop de bruits et j’en ai un peu marre. J’aimerai pouvoir baisser le son quand tout le monde parle fort ou dans la cours.

– Ok, je prendrai rendez vous chez l’audioprothésiste et on va trouver une solution.

– Ah oui j’aimerai autre chose maman. Tu te rappelles quand on a regardé un truc à la télé sur des sourds qui parlaient avec les mains.

– Oui.

Je veux parler avec les mains maman. Je veux vraiment apprendre à parler avec les mains, sans parler, parler dans mon silence.

Je me suis sentie…con! Je ne l’ai pas vu venir (peut être un peu de loin mais sans plus…). Comme un soulagement il me l’a dit, clairement, sans retenu, sans personne autour. Voici sa résolution 2015, son souhait secret. Il veut parler la Langue des Signes.

Quand on habitait à Marseille j’ai côtoyé une association LSF, fait des soirées billard sourd/entendant, avec nounou on a vu des spectacles mais il était sûrement trop petit et ça ne l’intéresser pas plus que ça.

Aujourd’hui il en fait la demande et comme il énonce telle une identité qu’il est sourd je ne peux pas faire semblant de ne pas l’avoir entendu.

J’ai des craintes et Spizdad également. J’ai peur de ne pas apprendre aussi vite que lui et qu’à la longue il se lasse de signer avec moi. Spizdad a peur qu’il se mure dans ce silence et qu’il refuse d’être appareillé et de parler… Mais peut on lui refuser une langue qui est légitime pour lui? Et puis après tout aurai t on fait autant d’histoire si il avait demandé d’apprendre l’espagnol??

Je me suis renseignée, une équipe peut venir à l’école lui donner des cours de LSF et venir à la maison pour nous apprendre aussi. J’ai le dossier, je n’ai plus qu’à le remplir…

Serai ce une nouvelle aventure dans son handicap? Comment doit on gérer?

J’appelle donc aux témoignages. Je toque à la porte de cette immense blogosphère pour savoir si vous avez vécu ce moment en tant que parents ou en tant qu’enfant…

Je vous remercie par avance…

Cand, spizmum

Dimanche coup de cœur: l’amour entre l’aîné et le benjamin

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Une après-midi ensoleillée, douce, avec une brise automnale.

Mes minots profitent de leur jardin, Spizdad passe la tondeuse et je m’isole pour finir quelques tâches ménagères.

Je m’arrête et je les admire.

Et je vois Grand Spizou jouait avec Bébé Spizou dans l’herbe…

8 ans les sépare et pourtant ils sont si proches! Il n’a rien à faire pour que bébé sourit, il n’a qu’à dire un mot pour qu’il explose de rire!

Ils s’admirent l’un l’autre! Ils s’aiment ça crève les yeux!!

Cette complicité grandit et être ensemble est pour eux un vrai bonheur.

Grand Spizou s’épanouie car dans ses yeux il voit qu’il a de l’importance, de l’admiration et ça le fait prendre confiance en lui.

Bébé Spizou par lui grandit et il essaye de l’imiter, lui son héros, son grand frère!

Ils se sont trouvés ces deux là, ça devient fusionnel.

Qui a dit que l’écart d’âge pouvait être un frein pour la relation entre frères?

Tous les jours je lis des aprioris de la famille et aujourd’hui j’ai appris une belle leçon !

C’est mon coup de cœur, c’est ma bouffée d’oxygène. Je m’arrête et je regarde ma magnifique famille.

Je suis heureuse de voir que l’on a réussi à leur transmettre notre amour et ils savent à merveille le communiquer.

Bon dimanche

Cand, Spizmum

Tu retrouveras un autre dimanche coup de coeur sur l’investigatrice du mouvement Sept à la maison =)

Quand je n’ai pas le droit de pleurer

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Mon cœur se serre, ma gorge se noue. Je le regarde et je m’en veux. Je m’en veux de ne pas vivre cela à sa place.

3% de risque qui ont changé nos vie et surtout la sienne.

Pourquoi dois-je imposer des restrictions à lui alors que ses frères ont le droit? Le comprend t il vraiment que c’est pour son bien, pour ne pas le mettre face à des difficultés qui le mettrai face à son handicap.

Il y a des jours où je le regarde et j’ai mal.

Je le vois se résigner car il ne peut pas y arriver. Je le vois baisser les yeux, souffler et rentrer dans son monde car aujourd’hui il a cette impression de ne pas être à sa place.

Puis vient la colère, la fureur, limite incontrôlable.

Il exprime toute sa rage. IL VEUT SE FAIRE ENTENDRE! Et il trébuche en pleurs car il ne comprend pas. Et moi non plus je ne comprends pas et on doit tout de même avancer. On n’a pas le choix.

Je me dois de lui remonter le moral qui aujourd’hui est au plus bas. Je dois paraitre cette Spizmum forte ayant le sourire et qui le fait rire. Je dois lui redonner confiance en lui, montrant qu’il est lui, qu’il est parfait à mes yeux. Je me dois de trouver les bons gestes pour l’aimer sans dire de mot, panser son maux dans le silence.

Mais je suis aussi cette Spizmum qui pleure  à chaudes larmes derrière une porte. Cette maman qui évacue sa tristesse dans les bras de Spizdad quand les minots sont au lit.

J’ai envie de hurler quand je vois ce que subit la prunelle de mes yeux, mon sang, mon enfant.

Sa souffrance m’est insoutenable mais devant lui je n’ai pas le droit de pleurer.

J’aurai tellement peur de le blesser en faisant cela. Je ne voudrai pas qu’il pense que c’est de la pitié et je ne sais pas s’il pourrai comprendre que c’est de l’amour.

Alors me voici derrière mon clavier et je pleurs car ici c’est mon espace, mon exutoire. Je peux pleurer, je m’en donne le droit, je me fous des jugement, des aprioris.

Être une Handi Mmum n’est pas tous les jours facile..

Cand, Spizmum

Mais ou est le mode d’emploi?!

Mais ou est le mode d’emploi pour l’aîné ?

Il est celui qui m’a fait passer de femme à mère en une fraction de seconde sans jamais pouvoir revenir en arrière. Il est celui qui m’a appris à aimer sans condition sans limite! C’est celui qui m’a montré mes faiblesses mais aussi mes forces.

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Dans ce nouveau rôle de mère qui a l’époque était célibataire j’ai mélangé les deux épaules pensant lui donner un équilibre… Je me suis endurcie à cause de psy qui me disaient de ne pas être trop proche pour éviter la fusion. Aujourd’hui je ne leur dis pas merci (pour être polie!) ! Il avait besoin de beaucoup plus de moi, de mes câlins, de ma tendresse et si je n’ai pas de coucougnettes je n’aurai pas du penser en avoir…ce n’était pas mon rôle…

Il est mon enfant test. Oui, sur lui, j’ai essayé de lui prodiguer des principes (pas marcher), tester différentes techniques pour trouver la bonne en passant par la dureté, le chantage, l’ignorance, la parentalité positive…. Lui transmettre mes valeurs (ça c’est bon par contre!). Le problème c’est que mon fils n’est pas une marionnette ou un pantin, il est lui avec ses qualités et ses défauts … Donc oui, j’ai appris qu’un enfant ne peut se façonner dans les mains des parents…

Il est devenu le grand frère! Oui cette étape il a vécu à 28 mois et nous, parents, on le regardait comme si il était grand alors qu’il était encore beaucoup trop petit, un bébé … On a cumulé les erreurs en pensant bien faire sans vraiment se mettre à sa place.
-Comment ça tu ne sais pas t’habiller tout seul?!
-arrête de pleurer tu n’es plus un bébé !
-fais attention à ton frère!
Mais dans quel planète vivions nous?

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Bilan d’aujourd’hui, il est à la tête d’une fratrie de 4 garçons! Et avec bébé Spizou j’ai appris à regarder mon fils avec fierté sans chercher à lui dire de faire mieux ou autrement.
J’accepte son individualité. Ce n’est pas son truc de fonctionner en équipe, alors tant pis je ne peux pas le changer de toute manière. Mais je sais qu’il sera toujours présent pour ses frangins. Il est triste, très triste de l’ handicap de son frère. Il est dans le doute de son identité face à ce géniteur qui ne l’a pas reconnu et en même temps il est en sans cesse recherche de preuve d’amour de SON père, SON papa Spizdad qui l’a adopté!

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Première photo avec Spizdad

Il manque clairement de confiance en lui alors je l’accompagne de plus en plus et sans qu’il s’en rende compte je lui lâche la main et tout va bien!

Il n’a que 9 ans… Et je veux qu’il soit heureux dans sa vie d’enfant, je veux apprendre de lui et que lui soit étonné de lui même! Ici dans notre nouvelle vie ça marchera! Oui il y arrivera car j’ai confiance en lui!

C’est vrai que l’éducation de Spizdad par rapport à l’aîné est très strict et que des fois je trouve qu’ils ont du mal à se comprendre mais ça aussi ça s’améliore!

Rome ne s’est pas fait en un jour et être de bons parents non plus!

Reconnaître ses erreurs, je pense, est une forme de réussite. Ça permet d’avancer!
Je sais aussi que rattraper nos erreurs va être long treeeeeees long mais je tiens ferme, c’est mon fils j’y arriverai!

Comment baisser les bras face à celui qui m’a fait le plus beau des cadeaux d’être maman?

Dans cet article je me dévoile sans pudeur mais on est prête à tout quand on est maman, non? On est capable de dire que l’on s’est planté sans que l’on soit jugé?

Et vous? Vous avez quel rapport avec vos aînés ? Vous avez galérés? Vous avez trouvé tout de suite les bonnes choses à faire? Quel est votre mode d’emploi?

Cand, Spizmum

Tu m’entends ? Alors répète ce que je viens de dire.. Parler avec un sourd

La plus grande difficulté à apprivoiser dans notre tribu c’est de se faire entendre de la bonne manière.

Nounou est entier, il n’a pas de demi mesure. Il rit fort comme il peut rentrer dans une colère noire.

Au début on réagissait de la même manière qu’avec les autres spizman. Quel erreur! Même si « on » te dit « ne fais pas de différence » « agis de la même manière qu’avec ses frères » tu ne peux carrément pas!

Il suffit qu’il n’est pas entendu un mot ou pas compris ton intonation pour que tout dégringole …

Nounou est fort devant tous et tellement fragile avec moi. Quand je ne fais pas attention, quand j’oublie de me mettre à sa place, son regard me dit « mais pourtant tu le sais! Tu me connais si bien! ».

Parler à un sourd c’est apprendre:

– a lui parler en face
– a bien articuler
– a répéter si besoin
– à le toucher pour lui montrer que tu l’appelles.

Ah oui un truc super mega important
ÇA NE SERT À RIEN DE GUEULER!!!!!!

Si déjà tu fais ça tu as compris beaucoup!

Après nounou déteste l’échec et pourtant il y est souvent confronté donc si tu vois qu’il n’y arrive pas. Il faut le laisser faire! Il le sait qu’il est sourd, il le sait qu’il ne parle pas comme tout le monde et un sourd n’a pas de déficience cognitive (sauf si la surdité et liée à une autre pathologie..) donc il y arrivera il faut l’encourager.

J’essaye de me mettre à sa place mais c’est dur … J’essaye de faire attention à tout mais c’est difficile aussi… Comment ne pas blesser mon petit par mes maladresses? Comment lui faire comprendre que ce n’est pas parce que j’oublie sa différence que je ne fais pas attention mais juste parce que je suis épuisée ?

Alors on a un code, un langage corporel secret, une arme avec laquelle on combat tous ses petits points noirs de notre quotidien.
Si ça va trop loin pour lui ou pour moi, si tout dialogue est rompu. On se prend dans les bras et on se serre fort, très fort jusqu’à ce que ça aille mieux, jusqu’à ce que le sourire soit revenu sur nos visages.

L’amour est encore le langage le plus facile à comprendre pour un enfant. Abusez en!!!!!!!!

Cand, spizmum